lundi 15 novembre 2010

Correction du DS


Interrogation de cours – PHIA06 – correction
25 octobre 2010

1- Qu'est-ce que le libertarisme ? Citez un libertarien (ainsi qu'un de ses ouvrages). (2 pts)
Le libéralisme ne doit pas être confondu avec le libéralisme. Le libertarisme est une théorie de philosophie politique contemporaine qui se fonde sur le primat de la liberté sur l'égalité et une conception de l'homme comme propriétaire de sa personne et devant absolument être respecté comme tel. Ce respect de la propriété de chacun sur soi est garantie par un dispositif politique que les libertariens appellent l'État minimal, c'est-à-dire l'État réduit au rôle de police, d'exécution des trois lois fondamentales : (a) loi qui définit les conditions de l'acquisition légitime des biens, (b) lois qui définit les conditions de l'échange des biens, (c) la loi qui punit toute contravention aux deux premières. Robert Nozick développe ces conceptions dans État, anarchie et utopie.

2- Rendez compte, de manière synthétique, du point de vue de Rousseau sur l'égalité du point de vue de l'ordre social. (2 pts)
Rousseau ne estime que l'égalité peut être considéré comme un remède politique contre les inégalités sociales. Selon ce philosophe, contrairement à Hobbes, il n'y a pas, à proprement parler, d'égalité naturelle des hommes mais que les hommes sont naturellement inégaux en force, en taille, en ruse... seulement cela n'est pas constitutif d'un rapport de domination avant que certaines institutions comme la propriété et que le sentiment d'amour-propre ne viennent conforter ces inégalités pour en structurer les rapports humains. Le problème qui se pose quand ces rapports d'inégalité deviennent des rapports de domination d'homme à homme c'est que les relations de dépendances personnelles et le désir de tous de se dominer conduit à l'instabilité la plus parfaite, à l'oppression et interdit toute forme de stabilité politique et de sûreté pour tous. Aussi, le refus rousseauiste des inégalités n'est pas d'abord fondé sur un sentiment de pitié avec ceux qui subissent les inégalités mais il repose sur le constat que l'inégalité devenue domination de l'homme sur l'homme est une pathologie sociale. Dans ce cadre, en introduisant de l'égalité par une convention, le contrat social donne à la sphère politique le soin de trouver le remède à la pathologie sociale que constituent les inégalités. En ce sens, l'égalité est moins considérée, par Rousseau, comme une fin en soi, un idéal, que comme un moyen de remédier aux difficultés sociales insurmontables produites par les inégalités.

3- Quelle critique Tocqueville fait-il de l'égalité ? (2 pts)
Tocqueville, dans la démocratie en Amérique, considère que l'égalité (l'égalisation des conditions, la revendication d'égalité des individus) les conduit, contre la société élitiste d'ancien régime, à l'affaiblissement des autorités politiques, morales et intellectuelles et, en conséquence, à une dégradation générale du niveau des individus. En ce sens l'inégalité, pour être la condition fondationnelle d'une société juste (l'accord de tous sur des règles qui s'appliquent de la même manière à tous) peut aussi conduire à la perte même de cette société. L'égalité est donc prise dans une tension qui en fait à la fois la source d'un salut et, concomitamment, celle d'un péril.
Tocqueville, La démocratie en Amérique, II, p.13 : « Lorsque les conditions deviennent égales à la suite d'une lutte prolongée entre les différentes classes dont la vieille société était formée, l'envie, la haine et le mépris du voisin, l'orgueil et la confiance exagérée en soi-même, envahissent, pour ainsi dire, le coeur humain et en font quelque temps leur domaine. Ceci, indépendamment de l'égalité, contribue puissamment, à faire qu'ils se défient du jugement les uns des autres et qu'ils ne cherchent la lumière qu'en eux seuls.

4- Quelle est la différence entre l'amour de soi et l'amour-propre dans la doctrine de Rousseau ? (2 pts)
L'amour de soi renvoie, dans la doctrine de Rousseau, à la tendance de tout être vivant à conserver sa vie dans le meilleur état possible. On pourrait le rapprocher du conatus de Spinoza, sauf que le conatus spinoziste est un principe physique alors que l'amour de soi est un principe psychologique et un affect. L'amour de soi ne conduit pas les hommes à chercher à se dominer comme pouvait le croire Hobbes. Par définition, l'amour de soi n'entraîne aucun rapport à autrui mais seulement un rapport à soi-même. De ce point de vue, il n'y a aucune raison pour que conserver sa vie dans le meilleur état possible en passe par le désir de dominer autrui. En revanche, l'amour-propre dépend de l'existence sociale pour être dans la mesure où il conduit l'homme à chercher à se comparer à autrui et à le dominer. La condition qui a favorisé le développement de l'amour-propre c'est l'interdépendance des hommes qui s'est produite avec la division du travail. Il fallut, dès lors, plaire à autrui et considérer le jugement d'autrui davantage que le sentiment de notre propre existence. L'amour-propre est, en ce sens, une dénaturation de l'amour de soi qui résulte des mutations de la vie collective et rend nécessaire de plaire à autrui (pour qu'il accepte de collaborer) et de le dominer (pour profiter de son travail). Rousseau développe ces idées dans le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes.

5- Qu'est-ce que le solidarisme ? Citez un nom et un ouvrage d'un auteur solidariste. (2 pts)
Le solidarisme est une doctrine politique qui s'est développée en France à la fin du XIXe siècle et début du Xxe siècle. Cette doctrine remet en cause un individualisme trop grand et rappelle la dépendance des individus vis-à-vis du tout de la société, et elle en tire une série de conséquences politiques en termes de devoir individuels envers la société. Cette doctrine se situe donc entre le socialisme et l'individualisme : le socialisme considère l'individu simplement comme une partie du tout social et néglige les droits auxquels il pourrait prétendre comme personne humaine ; l'individualisme tend à considérer que l'homme a des droits naturels innés et absolu sur lesquels personne par même l'État n'a de droit. Cette doctrine reçoit différentes nuances en fonction des auteurs. cf. Alfred Fouillée, La propriété sociale et la démocratie, 1884..

6- La revendication d'égalité est-elle une demande d'identité ? (2 pts)
Bien sûr, une égalité parfaite peut être considérée comme une identité bien que la relation d'égalité mette en rapport deux choses différentes : A=B, alors que l'identité renvoie à l'égalité entre deux mêmes choses : A=A. Mais, on peut considérer, selon le principe d'identité des indiscernables de Leibniz, que si l'ensemble intégral des propriétés constitutives de A est égal à l'ensemble intégral des propriétés constitutives de B alors A et B sont identiques. Ça n'est pourtant pas le type de chose que l'on revendique quand on revendique l'égalité en politique : (a) d'une part, on revendique toujours l'égalité sous certains rapports (égalité des chances, égalité des droits, égalité d'accès aux fonctions...), (b) d'autre part, on revendique une égalité des libertés, c'est-à-dire une égale capacité à vivre selon nos propres représentations du biens et avec les mêmes possibilités de réaliser nos objectifs, il s'agit donc d'une égalité libérale qui maintient et promeut la différence et la diversité. Au contraire, revendiquer une identité des personnes, ce serait imposer un modèle unique de la vie humaine et nier la liberté des personnes, leur capacité à réaliser leur vie comme elles l'entendent au profit d'une vision unique de la vie humaine paternaliste voire despotique.

7- En quoi l'inégalité peut-elle être juste ? Donnez un auteur qui développe cette conception. (2 pts)
Selon Aristote, la justice repose sur l'égalité mais cela peut être une égalité compatible avec l'inégalité. Cette égalité compatible avec l'inégalité est est l'égalité géométrique qu'il présente au Livre 5 de l'Éthique à Nicomaque. Cette égalité distincte de l'égalité géométrique (A=B) renvoie à la nécessité de traiter de la question du mérite et de l'idée qu'il pourrait légitimement paraître injuste de donner une rétribution égale à deux personnes ayant un mérite différent (ou de donner une note égale à deux étudiants dont l'un a fait une meilleure copie que l'autre). On se réfère là à un critère objectif du mérite : le mérite n'est pas l'effort, mais la qualité objective du service rendu. Aristote considère qu'il y a alors une inégalité juste précisément parce qu'elle est maintenue dans le cadre d'une certaine proportion : le rapport du service rendu et de la rétribution est toujours maintenu. Mais cela suppose alors qu'il y ait des critères partagés du mérite, c'est-à-dire de la proportion juste entre la qualité objective des services rendus et la quantité des rétributions, ce qui est loin d'être assuré. Dans une société pluraliste où chacun veut pouvoir avoir ses propres valeurs et, par exemple, considérer le jeu de quille supérieur à la poésie, alors qu'un autre considérera le contraire.
Attention, Hayek considère non pas qu'il y a des inégalités justes mais que les inégalités ne sont pas injustes quand elles résultent d'un système de lois justes. Il considère que le problème des lois n'est pas la rétribution du mérite des uns et des autres, mais seulement la protection de la capacité de chacun à participer au jeu que les lois contribuent à mettre en place et à promouvoir : que les uns gagnent et les autres perdent n'est pas injustes, cela ne signifie pas que ceux qui gagnent soient plus méritant car le mérite (rétribuer la bonne action) n'est pas le problème des lois (qui établissent seulement des règles du jeu connues de tous permettant à chacun d'anticiper les objectifs qu'il peut réaliser sans subir le pouvoir arbitraire d'autrui).

8- Commentez l'expression : « les fruits du travail ». (2 pts)
Cette expression est une image qui sert à désigner la rétribution. Elle est, en même temps, révélatrice d'une certaine conception de l'appropriation associant l'acquisition d'une propriété au travail par analogie au travail agricole pour lequel on peut considérer que ce qui est récolté est le produit direct du travail du travailleur (bien que ce soit déjà contestable). Mais dans une société d'échange et de division du travail où rien ne s'acquiert seul mais tout s'acquiert par l'intermédiaire d'autrui, on peut se demander si l'image agricole est adaptée ? Cette expression renvoie, par ailleurs, à l'expression biblique tirée de la Genèse selon laquelle l'homme doit gagner son pain à la sueur de son front, mettant le travail au centre du processus vital. Or, on peut se demander si une telle conception n'est pas ethnocentrique : elle a pu servir, par exemple, à justifier l'expropriation des Indiens d'Amérique qui, comme ils ne travaillaient pas les terres qu'ils habitaient, n'ont pas été considéré comme leurs propriétaires légitimes (cf. Locke) alors que, de leur point de vue, on acquiert un terrain en le préservant et en ne le transformant pas.

9- Quelle est la différence entre l'égalité et l'équité ? (2 pts)
L'équité renvoie à deux choses : (a) d'une part être équitable c'est rendre à chacun ce qui lui revient (on peut penser à la figure de Salomon comme juge équitable, (b) elle renvoie, ensuite, à l'adaptation des lois aux cas particuliers pour en faire un usage équitable (cela suppose donc d'enlever le bandeau de la justice qui doit considérer la particularités des cas examinés pour pondérer la loi qui est forcément générale). L'égalité introduit, au contraire de l'équité qui cherche, dans tous les cas, à s'adapter, au plus prêt des cas particuliers, à rendre équivalent des choses différentes. Que ce soit l'égalité devant la loi ou l'égalité des droits, ces deux figures de l'égalité rendent les individus équivalents entre eux. On observe donc une tension plus générale de la justice à travers la tension entre égalité et équité : c'est d'une part l'effort de la justice vers le général, vers la règle absolu applicable à tous à égalité, et d'autre part, son désir de rendre toujours ses sentences au plus prêt du cas qu'elle doit examiner. Le droit anglais (et américain) appelé « common law » fonctionne par jurisprudence : c'est l'équité du juge qui crée la règle pour les prochains cas approchants ; le droit continental (français, allemand...), se structure à partir de codes de lois (cf. Code Civil) avec l'idée que la généralité de la loi appliquée également à tous, doit diriger une justice aux yeux bandés. Ce sont deux conceptions rivales de la justice qui, pourtant, renvoie à deux exigences importantes bien que difficilement conciliables.

10- Qu'est-ce que le libéralisme ? (définition donnée plusieurs fois en cours) (2 pts)
Le libéralisme doit être distingué du libertarisme. Le libéralisme ne fait pas primer la liberté sur l'égalité mais plutôt la justice sur le bien. Le libéralisme politique considère que chacun doit pouvoir vivre selon sa propre représentation du bien, c'est-à-dire que les lois doivent permettre aux personnes d'atteindre leurs propres objectifs de manière neutre et impartiale, c'est-à-dire sans qu'elle puisse juger moralement de la valeur de ces objectifs. Cela n'implique donc pas nécessairement un respect absolu des droits de propriété, mais plutôt cela promeut un usage par chacun des droits compatible avec la possibilité, pour les autres, d'accéder à un niveau égale d'exercice de leur liberté. Cela permet de justifier des politiques d'égalisation, de re-répartition par l'impôt : en donnant à tous les mêmes chances de réaliser leurs objectifs par l'école accessibles à tous, en donnant à tous l'accès à des besoins fondamentaux comme le logement, la santé, la culture... non pas dans une perspective d'égalité mais de liberté des individus.

Questions bonus : (a) Le mérite vous apparaît-il comme un bon critère pour justifier les inégalités ? (2 pts); (b) Certains estiment que l'idéal d'égalité est relatif à une certaine forme de la société : décrivez cette société dans laquelle se pose la question de l'égalité et celle dans la question de l'égalité est secondaire. (2 pts)

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